Santé & autonomieChutes & mobilitéParent âgé qui conduit encore : repérer le danger, en parler, agir

Parent âgé qui conduit encore : repérer le danger, en parler, agir

En France, aucun examen médical n’est aujourd’hui imposé aux conducteurs en raison de leur âge pour le permis voiture. Chacun doit en revanche évaluer lui-même sa capacité à conduire, et certaines maladies obligent à consulter un médecin agréé pour continuer à prendre le volant.

Quand un parent conduit encore alors que sa vue, ses réflexes ou sa mémoire faiblissent, la famille se sent souvent démunie. Ce guide reprend les signes à observer, ce que peuvent faire le médecin traitant et le médecin agréé, la procédure de signalement au préfet en dernier recours, et les solutions pour que votre parent continue à se déplacer.

En chiffres
36 €
Prix du contrôle chez un médecin agréé, non remboursé
Tarif au 1er juillet 2024 indiqué par la Sécurité routière
6 mois à 5 ans
Durée d’une aptitude temporaire avant un nouveau contrôle
Service-public.gouv.fr
75 ans
Âge d’accès aux sorties accompagnées Sortir Plus
Agirc-Arrco, sans avance de frais dans la limite d’une enveloppe annuelle

Les signes qui doivent alerter

La Sécurité routière rappelle que l’âge modifie progressivement l’aptitude à conduire, surtout par trois canaux : la vue (acuité, champ visuel, sensibilité à l’éblouissement), l’audition et la motricité, avec des réflexes plus lents et une concentration plus difficile. Une gériatre interrogée par la Sécurité routière distingue toutefois les gênes liées au vieillissement, qui demandent surtout d’adapter sa conduite, des maladies qui peuvent imposer d’arrêter.

Le plus fiable est de monter en voiture avec votre parent et d’observer. Peuvent alerter :

  • des difficultés à retrouver son chemin, y compris sur un trajet connu ;
  • un stress visible au volant ou des ralentissements fréquents sans raison ;
  • des incidents à répétition, même mineurs, qui peuvent annoncer un accident plus grave ;
  • un nouveau médicament dont la boîte porte un pictogramme de vigilance ;
  • des oublis ou une désorientation au quotidien : voir que faire face à des troubles de mémoire.

La Sécurité routière conseille aussi de recueillir d’autres avis dans l’entourage : amis, voisins, autres membres de la famille.

Ce que dit la loi sur l’aptitude à conduire

  • Une responsabilité personnelle. L’arrêté du 28 mars 2022 prévoit qu’avant de prendre le volant, chaque conducteur apprécie sa capacité à conduire au regard de ses maladies, de sa fatigue, de sa mobilité et des médicaments qu’il prend. Conduire avec une maladie ou un traitement incompatible peut constituer une circonstance aggravante en cas d’accident.
  • Des maladies listées. Le même arrêté recense les affections incompatibles avec la conduite ou compatibles sous conditions. Les plus fréquentes, selon la Sécurité routière : épilepsie, problèmes de vision importants, troubles cognitifs, pathologies cardiaques les plus lourdes, addictions. Une personne concernée doit demander l’avis d’un médecin agréé si elle veut continuer à conduire. Pour la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, la Sécurité routière indique que les personnes atteintes ne doivent plus conduire dès l’apparition d’un déclin cognitif.
  • L’assurance. Si le conducteur est responsable d’un accident lié à une pathologie incompatible avec la conduite, sans avoir passé de contrôle médical, il n’est pas couvert par son assurance, prévient service-public.gouv.fr.
  • Pas de contrôle lié à l’âge, pour l’instant. Une directive européenne de 2025 (n° 2025/2205) laisse aux États le choix entre un contrôle médical et une autoévaluation lors du renouvellement du permis. Le 29 avril 2026, le gouvernement a répondu à l’Assemblée nationale qu’une généralisation du contrôle médical ferait peser une charge excessive sur le système de santé, et qu’il privilégiait une autoévaluation obligatoire, dans un cadre qui reste à déterminer. Rien n’est en vigueur à ce stade.

Le rôle du médecin traitant et du médecin agréé

Le médecin traitant informe son patient lorsqu’une maladie ou un médicament peut être incompatible avec la conduite, et note cette information dans le dossier médical. Il peut lui conseiller de consulter un médecin agréé. Il ne peut pas, en revanche, signaler son patient à la préfecture : le secret professionnel l’en empêche, rappelle la Sécurité routière. Lui faire part de ce que vous observez reste utile pour qu’il aborde le sujet en consultation.

Le contrôle de l’aptitude revient au médecin agréé par le préfet, ou à la commission médicale. Ce médecin ne peut pas être le médecin traitant de la personne ; la liste des médecins agréés figure sur le site de la préfecture. La consultation coûte 36 € et n’est pas remboursée par l’Assurance maladie, sauf pour une personne dont le taux d’invalidité atteint au moins 50 %.

À l’issue du contrôle, l’avis peut conclure à :

  • une aptitude temporaire, de 6 mois à 5 ans, suivie d’un nouveau contrôle ;
  • une aptitude avec restrictions : pas de conduite de nuit ni sur autoroute, correction de la vue, appareil auditif, véhicule aménagé ;
  • une inaptitude.

Le préfet prend la décision finale au vu de cet avis. Un recours est possible devant la commission médicale d’appel, mais la décision s’applique pendant ce temps.

Comment en parler sans braquer votre parent

La voiture reste souvent synonyme d’autonomie : faire ses courses, voir ses amis, aller chez le médecin. La gériatre Sylvie Bonin-Guillaume, interrogée par la Sécurité routière, juge contre-productif de brandir la menace d’une interdiction, et conseille d’aborder la question sous l’angle du confort.

  • Partir de situations concrètes : votre parent se sentirait-il à l’aise pour un long trajet, dans un carrefour compliqué, de nuit ? Ses réponses aident à cerner ce qu’il vaut mieux éviter.
  • Proposer de conduire autrement avant d’arrêter : trajets courts, connus, de jour, hors heures de pointe, avec des pauses, sans autoroute.
  • Suggérer une remise à niveau : collectivités, associations, préfectures, mutuelles ou assureurs organisent souvent des ateliers ; certaines auto-écoles proposent des formations payantes pour les seniors.
  • Adapter la voiture : boîte automatique, direction assistée ou rétroviseurs électriques facilitent la conduite.
  • Passer par un tiers : le médecin traitant, ou un proche dont l’avis compte pour votre parent.

Si votre parent refuse d’aborder le sujet, la fiche consacrée à un parent qui refuse toute aide propose des pistes pour garder le dialogue ouvert.

En dernier recours : le signalement au préfet

Si vos conseils n’ont pas été suivis et que vous pensez que l’état de santé de votre parent n’est plus compatible avec la conduite, la Sécurité routière indique qu’un proche peut le signaler au préfet du département où il réside, par courrier postal ou électronique.

  1. Le courrier décrit précisément les éléments qui font craindre un danger au volant, avec vos coordonnées et l’identité de votre parent. Un signalement anonyme n’est pas pris en compte, mais votre nom n’est pas communiqué à votre parent.
  2. La préfecture examine le courrier. Si elle ne le juge pas convaincant, rien ne change. S’il l’est, elle écrit à votre parent et lui fixe un délai pour passer un contrôle chez un médecin agréé.
  3. En cas de refus de prendre rendez-vous, le préfet peut suspendre le permis jusqu’à un avis d’aptitude.
  4. La décision est notifiée par courrier : maintien du permis, autorisation temporaire, restrictions ou suspension. Conduire malgré une suspension constitue un délit.

La démarche est lourde pour une famille. Elle vise, selon la Sécurité routière, la sécurité des autres usagers autant que celle de votre parent.

Après la voiture : continuer à se déplacer

Arrêter de conduire ne doit pas signifier rester chez soi. Quelques pistes à explorer avec votre parent :

  • Les transports en commun de la commune ou de l’intercommunalité, et les réseaux locaux de transport solidaire, que la Sécurité routière cite parmi les solutions ;
  • Sortir Plus, de l’Agirc-Arrco : pour une personne de 75 ans ou plus, ou pour son proche aidant, la caisse de retraite complémentaire prend en charge des sorties accompagnées, à pied ou en voiture (courses, pharmacie, coiffeur, visites), dans la limite d’une enveloppe annuelle, sans rien avancer. Le premier appel se fait au 0971 090 971 ;
  • Le plan d’aide de l’APA, si votre parent perd en autonomie : demandez au département quelles aides aux déplacements peuvent y figurer, et voyez les plafonds de l’APA à domicile ;
  • Le vélo à assistance électrique pour les trajets courts, si la forme le permet, en rappelant les règles de sécurité.

Faites la liste des déplacements de votre parent sur une semaine type (courses, médecin, amis, loisirs) et cherchez une réponse pour chacun. Un arrêt de la conduite préparé ainsi est plus facile à accepter.

Questions fréquentes

Mon père a plus de 80 ans : doit-il repasser une visite pour garder son permis ?

Non. Aucune visite médicale n’est exigée en raison de l’âge pour le permis voiture. Il doit en revanche consulter un médecin agréé s’il est atteint d’une maladie figurant dans l’arrêté du 28 mars 2022 et veut continuer à conduire. Une directive européenne de 2025 pourrait conduire à une autoévaluation lors du renouvellement, mais rien n’est en vigueur.

Mon parent saura-t-il que c’est moi qui l’ai signalé ?

Selon la Sécurité routière, le nom de la personne qui signale n’est pas communiqué à la personne signalée. Il doit en revanche figurer dans le courrier adressé au préfet : les signalements anonymes ne sont pas pris en compte.

Le médecin traitant peut-il faire le contrôle d’aptitude ?

Non. Le contrôle doit être réalisé par un médecin agréé par le préfet, qui ne peut pas être le médecin traitant de la personne. Le médecin traitant peut en revanche informer son patient d’une incompatibilité et l’orienter vers un médecin agréé.

Conduite d’un parent âgé : l’essentiel

  • Aucun examen médical n’est imposé en raison de l’âge pour le permis voiture en France en octobre 2026.
  • Chaque conducteur doit évaluer sa capacité à conduire ; certaines maladies imposent l’avis d’un médecin agréé pour continuer.
  • Le médecin traitant informe son patient mais ne peut pas le signaler : la démarche auprès du préfet revient à la famille ou à l’entourage.
  • Le contrôle chez un médecin agréé coûte 36 € et n’est pas remboursé ; le préfet décide au vu de son avis.
  • Parler de confort plutôt que d’interdiction, et préparer des solutions de déplacement, facilite la transition.

Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle, à partir de sources officielles et spécialisées citées ci-dessous.

Photo : Sou Jest / Unsplash

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Julien Juchereau
Julien Juchereau
Julien Juchereau est rédacteur web. Sur Aidons nos parents, il suit les aides, les droits et les solutions du grand âge pour les proches aidants : il compile les barèmes et les démarches, recoupe les sources officielles (CNSA, DREES, service-public.fr) et cite ses références. Il n'est ni médecin ni juriste — quand une information n'est pas vérifiable, il le dit plutôt que de l'inventer.

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