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Esnandes dévoile sa future Maison des aînés et des aidants, pariant sur la prévention du grand âge

Esnandes, commune littorale au nord de La Rochelle, a présenté sa future Maison des aînés et des aidants. Dévoilé sous le mot d’ordre « l’action de prévention est le maître mot du bien vieillir », selon Sud Ouest, le projet reprend un modèle déjà éprouvé à Paris, à Reims ou à Sélestat.

La future Maison des aînés et des aidants d’Esnandes vient de sortir des cartons. Présenté par la commune et relaté par le quotidien régional, le projet tient en une formule, celle qui donne son titre au compte rendu : « L’action de prévention est le maître mot du bien vieillir ». Le choix de ce mot n’a rien d’anodin. Il place l’équipement du côté de l’anticipation, avant la perte d’autonomie, et non du seul guichet de dernier recours auquel se résument trop souvent les dispositifs destinés aux personnes âgées.

Esnandes n’a rien d’une métropole. Rattachée à la communauté d’agglomération de La Rochelle, la commune fait face à l’anse de l’Aiguillon, connue pour ses bouchots à moules et son église fortifiée. C’est justement ce qui rend l’initiative intéressante : le format « maison des aînés et des aidants », né dans les grandes villes, gagne des territoires de taille beaucoup plus modeste.

Un changement d’échelle, donc. Et un pari.

En chiffres
2016
ouverture de la première M2A
Paris, 9e, 10e et 19e arrondissements
38 000
seniors recensés à Reims
face à 36 500 aidants
3
dispositifs fusionnés à Paris
CLIC, Paerpa et Maia
60 ans
âge plancher du public M2A
modèle parisien

« Prévention » plutôt que « prise en charge » : le parti pris d’Esnandes

Le vocabulaire retenu par la commune tranche avec la logique qui a longtemps dominé les politiques du grand âge en France. Pendant des décennies, l’action publique s’est organisée autour de la dépendance une fois installée : allocation, aide à domicile, place en établissement. La prévention, elle, vise l’amont, c’est-à-dire le moment où une personne âgée encore autonome peut retarder la fragilité grâce à l’activité physique, au lien social, à l’adaptation du logement ou au repérage précoce des troubles.

Le second terme du nom compte autant que le premier. En accolant les aidants aux aînés, Esnandes s’aligne sur une évolution de fond : la reconnaissance du rôle des proches, conjoints, enfants, voisins, qui assurent au quotidien une large part de l’accompagnement sans statut ni formation. Leur épuisement compte parmi les causes de rupture du maintien à domicile. Les soutenir relève donc, lui aussi, de la prévention.

Le parallèle avec la santé publique éclaire la démarche. La médecine a mis du temps à admettre qu’un repérage précoce change la trajectoire d’un patient ; les politiques du vieillissement suivent le même chemin, avec un temps de retard. Le bien vieillir revendiqué par la commune s’inscrit dans ce mouvement.

Paris, mars 2016 : la première M2A fusionne CLIC, Paerpa et Maia

Pour mesurer ce que recouvre l’appellation, il faut revenir au modèle parisien. Selon le Portail national de la Silver économie et du bien-vieillir, la Maison des aînés et des aidants (M2A) est un dispositif d’information, d’orientation et d’appui ouvert depuis mars 2016, destiné aux personnes âgées en perte d’autonomie des 9e, 10e et 19e arrondissements et aux acteurs qui les accompagnent, aidants compris.

Son objectif affiché : décloisonner les secteurs médical, social et médico-social, et fluidifier le parcours de santé des habitants de 60 ans et plus. Cofinancée par le Département de Paris et l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, la structure a centralisé trois dispositifs jusque-là distincts : le CLIC, le Paerpa (Personnes âgées en risque de perte d’autonomie), qui coordonne les intervenants médicaux, et le dispositif Maia, réservé aux situations complexes.

Le principe a depuis essaimé dans toute la capitale. Paris compte aujourd’hui plusieurs M2A, Paris Centre, Nord-Est, Nord-Ouest, Est ou Sud, chacune couvrant un groupe d’arrondissements. La mairie du 20e arrondissement précise que la M2A Est réunit plusieurs entités en une seule depuis janvier 2020 et réalise des évaluations à domicile mobilisant, selon les cas, un médecin gériatre, une coordinatrice sociale, un ergothérapeute, une infirmière ou un psychologue. La Ville de Paris les désigne maintenant sous le sigle M2A-DAC, pour dispositif d’appui à la coordination.

Le cœur du modèle tient en deux mots : guichet unique.

Pour une famille confrontée à la perte d’autonomie d’un parent, la multiplication des interlocuteurs constitue souvent le premier obstacle, bien avant la question du financement.

Prévention du grand âge en Charente-Maritime

Prévenir avant la dépendance
Le projet d'Esnandes cible l'amont de la perte d'autonomie plutôt que la seule prise en charge.
Reconnaître les aidants
À Reims, 36 500 aidants sont recensés pour 38 000 seniors, un rapport qui illustre leur poids.
Guichet unique de proximité
Le modèle parisien regroupe CLIC, Paerpa et Maia pour simplifier le parcours des familles.
Financements partagés indispensables
Paris et Reims reposent sur un cofinancement associant collectivités et Agence régionale de santé.
Articulation avec le Département
Les coordonnateurs autonomie de Charente-Maritime gèrent déjà l'information sur l'APA et le maintien à domicile.

Reims, 38 000 seniors et 36 500 aidants : la version municipale

À titre de comparaison, Reims a retenu une organisation différente. La Ville a ouvert sa propre Maison des aînés et des aidants à compter du 1er septembre, conçue avec le Département de la Marne et l’ARS Grand Est. L’équipement est installé rue Marteau, au sein de l’Office des Seniors du Grand Reims, et animé par un coordonnateur municipal chargé d’informer, d’orienter et de soutenir seniors et aidants, ces derniers étant souvent confrontés à des démarches administratives complexes et à un manque de reconnaissance de leur statut.

Les chiffres avancés par la municipalité rémoise donnent la mesure de l’enjeu : 38 000 seniors et 36 500 aidants recensés sur la commune. Le rapprochement des deux nombres frappe. Dans une ville de cette taille, la population des aidants approche celle des personnes âgées elles-mêmes.

Reims a complété le lieu physique par un site internet doté d’un guide pratique et d’un annuaire des structures d’accompagnement. La démarche prolonge une politique déjà distinguée : en novembre 2022, la ville a obtenu le trophée argent du label « Ville amie des aînés » et un prix « Coup de cœur » du Réseau francophone des villes amies des aînés pour son dispositif « 65+ ».

Sélestat, en Alsace, fournit un troisième exemple. Sa Maison des aînés et des aidants, créée en 2016 et animée aujourd’hui par le CCAS de la Ville et la Collectivité européenne d’Alsace selon le site municipal, rayonne sur trois communautés de communes : Sélestat, la Vallée de Villé et le Ried de Marckolsheim.

Trois villes, trois montages. Le nom est commun, la gouvernance ne l’est pas.

En Charente-Maritime, des coordonnateurs autonomie déjà sur le terrain

La maison d’Esnandes ne s’installera pas dans un désert. Le Département de la Charente-Maritime, chef de file de l’action sociale en faveur des personnes âgées, déploie des coordonnateurs autonomie, des agents départementaux chargés d’informer, d’orienter et d’accompagner personnes âgées, personnes handicapées, familles et aidants. Leur champ couvre l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), le soutien à domicile, l’hébergement temporaire, l’accueil de jour ou encore l’accès aux loisirs et aux clubs des aînés. Pour le secteur rochelais, l’accueil relève de la délégation territoriale La Rochelle-Ré-Aunis Atlantique.

La commune dispose également d’un établissement d’hébergement, l’Ehpad Les Brises Marines. Sa fiche sur le portail national d’information des personnes âgées, créé par la loi d’adaptation de la société au vieillissement, mentionne un conventionnement avec un ou des dispositifs d’appui à la coordination des parcours de santé.

De là, une question d’articulation. Une maison communale tournée vers la prévention peut occuper l’espace situé entre le guichet départemental, centré sur les droits et les prestations, et l’établissement médicalisé, qui intervient quand le maintien à domicile n’est plus tenable. Ce segment, celui des personnes encore autonomes mais exposées, est exactement celui que la prévention cherche à atteindre.

Commune, Département, ARS : qui portera la maison d’Esnandes ?

Les exemples parisien et rémois partagent un point commun : aucun ne repose sur un seul financeur. À Paris, le Département et l’ARS cofinancent ; à Reims, la Ville, le Département de la Marne et l’ARS Grand Est revendiquent une logique de co-construction. Le modèle tient parce qu’il additionne des compétences, le médico-social pour le Département, la santé pour l’ARS, la proximité pour la commune.

Pour une commune de la taille d’Esnandes, la question des partenaires pèsera lourd. Faire vivre un tel lieu, avec un personnel capable d’orienter vers les bons interlocuteurs, suppose des moyens durables, et la pérennité de ces moyens conditionne l’utilité du dispositif. L’agglomération rochelaise, le Département et les caisses de retraite, qui financent de longue date des ateliers collectifs de prévention, forment des relais naturels.

Le pari colle au profil d’un littoral charentais prisé des retraités. Le mot d’ordre est posé. Mais la prévention ne se décrète pas, elle se mesure en années d’autonomie gagnées, et c’est sur ce terrain que la future maison d’Esnandes sera jugée.

Maison des aînés d'Esnandes : les points clés

  • Esnandes présente sa future Maison des aînés et des aidants
  • La prévention est affichée comme priorité du projet
  • Le modèle M2A existe à Paris depuis mars 2016
  • Reims a ouvert sa propre maison avec le Département et l'ARS
  • En Charente-Maritime, des coordonnateurs autonomie orientent déjà les familles

Cet article a été rédigé avec l\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\'assistance de l\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\'intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.

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Julien Juchereau
Julien Juchereau
Julien Juchereau est rédacteur web. Sur Aidons nos parents, il suit les aides, les droits et les solutions du grand âge pour les proches aidants : il compile les barèmes et les démarches, recoupe les sources officielles (CNSA, DREES, service-public.fr) et cite ses références. Il n'est ni médecin ni juriste — quand une information n'est pas vérifiable, il le dit plutôt que de l'inventer.

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