À Antibes, un projet local mise sur un jeu de société pour recueillir la mémoire des seniors et faciliter l’accompagnement des personnes touchées par la maladie d’Alzheimer.
L’idée est simple sur le papier et ambitieuse dans ses effets attendus: transformer des souvenirs en matière de jeu, pour créer des échanges, réveiller des repères et faire circuler une histoire commune. Le terrain, lui, est très concret: une ville, ses lieux, ses récits, et des voix qui risquent de s’effacer si personne ne les écoute.
Ce type d’initiative s’inscrit dans une tendance plus large, observée dans le champ du vieillissement, qui consiste à sortir d’une approche uniquement médicale pour travailler aussi sur le lien social, la stimulation cognitive et la qualité de vie. Or, quand la mémoire vacille, la relation et l’environnement deviennent souvent les meilleurs points d’appui.
Un jeu conçu pour recueillir l’histoire d’une ville
Le projet repose sur une intuition: la mémoire individuelle, quand elle est partagée, devient une mémoire collective. Le jeu est pensé comme un outil pour collecter des récits et faire émerger des souvenirs liés à Antibes, en s’appuyant sur la parole des seniors.[1]
Ce choix d’un support ludique n’est pas anodin. Le jeu de société crée un cadre, des règles, un rythme, et surtout une permission: celle de raconter sans avoir à performer un souvenir exact. Autrement dit, il autorise l’approximation, la digression, la petite anecdote, parfois plus révélatrice qu’un récit chronologique. Dans une ville comme Antibes, la mémoire locale ne se limite pas à des dates ou à des monuments; elle se niche dans des habitudes, des commerces, des trajets, des expressions, des scènes de vie.
Le jeu devient alors une méthode de recueil autant qu’un prétexte à la conversation. À titre de comparaison, les dispositifs de collecte patrimoniale classiques, entretiens enregistrés, archives, expositions, supposent souvent une posture formelle. Ici, la mécanique ludique vise à abaisser la barrière d’entrée: on joue, et en jouant, on raconte.
Alzheimer: un objectif d’accompagnement, pas seulement d’animation
La finalité affichée dépasse le simple divertissement. Le jeu est présenté comme un outil pour aider les malades d’Alzheimer en favorisant l’échange, la stimulation et la reconnexion à des repères personnels et locaux.[1]
Dans l’accompagnement d’Alzheimer, la mémoire récente se fragilise souvent plus vite que des souvenirs anciens. Les approches centrées sur la réminiscence, la musique, les objets du quotidien ou les histoires de vie cherchent précisément à mobiliser ce qui reste accessible, pour maintenir des interactions et limiter l’isolement. Un jeu bâti sur des éléments familiers, des lieux connus, des souvenirs de quartier, peut jouer ce rôle de déclencheur.
Reste que l’outil ne vaut que par l’usage. Le même jeu n’a pas le même effet selon qu’il est animé par un proche, un professionnel ou un bénévole, selon le moment de la journée, selon l’état de fatigue. C’est là que l’objet jeu de société devient intéressant: il structure la séance sans la rigidifier, et il permet d’adapter la durée, l’intensité, la complexité, en fonction des participants.
Le projet dit aussi quelque chose d’un déplacement culturel: on ne parle plus seulement de prise en charge mais d’accompagnement. La nuance compte. Elle met l’accent sur la relation, sur ce qui reste possible, et sur la place des proches. Dans ce cadre, un jeu peut devenir un médiateur, un tiers objet qui évite que la conversation se réduise à des questions-test, tu te souviens?, souvent vécues comme une mise en échec.
Pourquoi ce projet compte localement
La voix des seniors comme matière première d’un projet local
Le cœur du dispositif, c’est la voix des seniors, utilisée pour raconter la ville et transmettre une mémoire locale qui, sans ce travail, resterait dispersée.[1]
Dans beaucoup de communes, la mémoire des habitants âgés est sollicitée lors d’anniversaires, de commémorations, de projets scolaires. Le pari ici est différent: faire de cette mémoire une matière jouable, réutilisable, partageable dans des contextes variés. Autrement dit, sortir du témoignage unique pour créer un format qui se répète et se diffuse.
Ce choix renvoie aussi à une réalité sociale: les seniors sont souvent décrits comme des bénéficiaires de dispositifs. Le projet les place comme contributeurs, détenteurs d’un capital immatériel, l’expérience vécue, qui a une valeur pour les autres. Pour mesurer l’écart, il suffit de regarder les politiques publiques classiques du grand âge, fréquemment centrées sur l’offre de services. Ici, l’entrée est culturelle et relationnelle: on part des histoires, pas des besoins administratifs.
Le lien à la ville, Antibes en l’occurrence, apporte un ancrage. Les souvenirs personnels deviennent plus accessibles quand ils s’attachent à des repères spatiaux: une place, une rue, un marché, un trajet. Le jeu peut alors servir de carte mentale collective. Et quand plusieurs générations se retrouvent autour de la table, la mémoire circule dans les deux sens: les aînés transmettent, les plus jeunes questionnent, complètent, reformulent.
Ce que ce type de jeu change pour les proches et les professionnels
Un jeu pensé pour l’accompagnement d’Alzheimer peut aussi modifier la dynamique autour de la personne malade. Il offre un cadre où le proche n’est plus seulement aidant, et où le professionnel n’est plus seulement dans la conduite d’une activité. Le support devient un outil de médiation, un levier de conversation, un moyen d’apaisement quand l’échange direct se tend.
Dans les familles, la maladie installe souvent une asymétrie: l’un sait, l’autre oublie. Un jeu peut rééquilibrer, parce qu’il autorise le doute, l’hésitation, le rire, la surprise. Il permet aussi de déplacer la conversation vers des thèmes concrets, situés, moins anxiogènes que la question de la perte. Pour les équipes en établissement ou à domicile, l’intérêt tient à la reproductibilité: un jeu se ressort, se module, se transmet entre intervenants.
Il y a aussi un enjeu de dignité. Recueillir la parole des seniors, c’est reconnaître que cette parole a une valeur, même quand elle se fragmente. Et dans une pathologie où l’identité est souvent menacée par l’effacement progressif des repères, la possibilité de raconter, même par bribes, reste un acte fort.
Ce type d’initiative pose enfin une question de diffusion: comment faire en sorte que l’objet ne reste pas cantonné à un cercle restreint, mais qu’il circule dans les lieux où il peut être utile, associations, structures d’accueil, réseaux de proximité? Le projet antibois, en articulant mémoire locale et accompagnement, propose une piste: partir d’un territoire pour créer un outil qui parle d’abord à celles et ceux qui y vivent.
Sources
[1] Nice-Matin, Recueillir toute l’histoire d’une ville à partir de la voix des seniors: à Antibes, ils créent un jeu de société pour aider les malades d’Alzheimer
L’essentiel sur le jeu d’Antibes
- À Antibes, un jeu de société est créé à partir de la voix des seniors.[1]
- Le projet vise à recueillir l’histoire de la ville via des souvenirs partagés.[1]
- L’initiative est pensée comme un soutien pour l’accompagnement de personnes atteintes d’Alzheimer.[1]
Cet article a été rédigé avec l' assistance de l' intelligence artificielle à partir de sources journalistiques.
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